La "glorieuse" guerre en Irak.
Voici les dessous américains (traduisez : commerciaux) de l'actuelle guerre en Irak qui n'en finit pas. Derrière des objectifs de bon samaritain désireux d'instaurer la démocratie dans le moyen-orient, George Bush nous fait sa petite crise... à la texane, bien-sûr....
" Le jour où les Ricains feront péter la planète ", dit une chanson de Renaud. Ce jour ne semble plus bien loin. George W. Bush l'a dit ouvertement : il entend mener en Irak une " guerre de libération " afin d'offrir à son peuple et à toute la région " la liberté et la démocratie ". Le but n'est plus de désarmer Saddam Hussein, mais de " faire de l'Irak un modèle qui servira d'exemple à tous les pays du Moyen-Orient ". " Cela, ajoute-t-il, pourrait être le début d'une nouvelle ère pour la paix au Moyen-Orient et lancer le processus vers un État palestinien vraiment démocratique. " Il a encore précisé que les Américains, pour parvenir à ces fins, " resteront en Irak autant qu'il le faudra, et pas un jour de plus, mais pas un jour de moins ".
L'idée n'est pas neuve. Le président américain l'avait déjà exprimée à l'automne et il avait même fait voter au Congrès des fonds destinés à " démocratiser " un certain nombre de pays de la région. Les deux premiers sur la liste étant l'Arabie saoudite et l'Égypte. Pourquoi eux plutôt que leurs voisins - les émirats, le Koweït, le Yémen et même la Syrie -, qui ne brillent pas non plus par le respect des libertés démocratiques ni par l'épanouissement des droits de l'homme, encore moins des femmes ?
Certains analystes ont trouvé une réponse : l'Arabie saoudite et l'Égypte sont les pays d'origine des principaux auteurs des attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers et le Pentagone. Quinze des dix-neuf pirates de l'air étaient saoudiens et leur chef, Mohamed Atta, égyptien. Le chef d'Al Qaeda, Ben Laden, est saoudien d'origine. L'Arabie saoudite et l'Égypte sont donc coupables d'avoir donné naissance à ces monstres, mais c'est l'ensemble du monde arabe et musulman qui est devenu suspect aux yeux de l'Amérique, car susceptible d'en faire naître de nouveaux.
Le raisonnement de George W. Bush pourrait sembler de simple bon sens si les États-Unis n'avaient pas eux-mêmes encouragé et financé par le passé les réseaux intégristes pour combattre l'URSS, comme ils ont armé l'Irak de Saddam Hussein pour combattre l'Iran......
Un vrai manque de démocratie
Il est vrai que les pays du Moyen-Orient ne sont pas démocratiques. La différence est mince entre les dynasties officielles et celles qu'ont instaurées les régimes basistes à parti unique : les fils y héritent de la dictature mise en place par les pères. Nulle part les peuples n'y ont la parole.
Ce triste constat pourrait, en apparence du moins, donner raison à George W. Bush. Mais l'idée d'imposer la démocratie par les armes et l'occupation militaire est à la fois révoltante pour la conscience humaine et contraire à la légalité internationale. Et, surtout, l'état actuel du Moyen Orient - comme c'est aussi le cas en Afrique et dans d'autres ex-pays colonisés - est pour une large part le résultat de la manière dont il a été façonné par les puissances impériales qui l'ont dominé pendant des siècles et découpé au mieux de leurs intérêts. En guise de remède, Washington s'apprête à ajouter au mal un nouveau dépeçage.
Cela, évidemment, George W. Bush ne le dit pas. Il dit même tout le contraire, affirmant qu'il " ne modifiera pas les frontières de l'Irak et ne prendra pas son pétrole ". Avançant masqué, il ne parle que de " démocratie " et de " liberté ", ajoutant même à son discours un zeste de volonté divine plutôt inquiétant : selon lui, Dieu l'a choisi pour être l'instrument du " triomphe du bien contre le mal ". Telle l'histoire qu'il s'efforce de faire avaler au peuple américain. Une belle histoire de chevalier blanc allant terrasser les dragons que la plupart des médias ont fait mine de gober dès le début!
Une histoire marquée par la colonisation
La réalité est plus terre à terre. Si George W. Bush et son administration veulent dessiner une nouvelle carte du Moyen-Orient, c'est que sa carte a été dessinée à l'issue des deux guerres mondiales du XXe siècle par les puissances dominantes de l'époque : la Grande-Bretagne et la France après la première guerre, les États-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne après la seconde.
L'ensemble des pays qui le composent faisait partie avant 1914 de l'Empire ottoman. Celui-ci, s'étant allié à l'Allemagne en 1914, fut dépecé après la défaite et ses dépouilles partagées entre les vainqueurs. La Grande-Bretagne se taille alors la part du lion et reçoit les provinces ottomanes correspondant à l'Irak (qui englobait le Koweït). Pour faciliter ses plans, Londres coupe la Palestine en deux, séparant la Cisjordanie de la Transjordanie, laquelle devient un royaume remis au chérif Hussein de La Mecque en récompense de sa lutte armée contre les Turcs. Son frère recevra, lui, le royaume d'Irak.
La France recevait pour sa part la Syrie et certaines régions pétrolières de ce qui allait devenir l'Irak, notamment celle de Mossoul. Car déjà l'objectif était le pétrole, dont l'importance pour le développement à venir des pays industrialisés n'échappait à personne.
Ces divisions furent imposées par les États impérialistes de l'époque, contre la volonté des peuples de la région. Le monde arabe se voit morcelé, humilié, soumis à de nouveaux colonisateurs qui, sous prétexte d'aider ces pays à accéder à l'indépendance et la démocratie (c'était déjà le prétexte avancé), se voient officiellement confier par la Société des nations des " mandats " qui leur permettent en toute légalité d'installer dans leurs " protectorats " des dirigeants à leur botte.
Jamais les peuples du Moyen-Orient, ainsi traités en " mineurs ", ne se sont remis de cet échec, qui a nourri de terribles rancours à l'égard de nations soi-disant démocratiques capables de trahir à ce point leurs principes.
Les Américains dans le " grand jeu "
Cette première division allait être aggravée après la Seconde Guerre mondiale. Cette fois, les Américains sont vraiment entrés dans le " grand jeu " du partage mondial du pétrole, dont ils ont un besoin vital pour assurer leur expansion face à l'URSS, qui, elle, dispose d'énormes réserves. Aussi le président américain Roosevelt, revenant de Yalta, s'arrête-t-il, le 14 février 1945, au large de Suez. C'est là, sur un navire ancré en mer Rouge, qu'il rencontre le roi d'Arabie, Ibn Saoud, chef du régime wahhabite - c'est-à-dire intégriste religieux le plus rigoureux - qui règne sur le pays auquel il a imposé jusqu'à son nom. Ce jour-là en échange de la garantie que l'Arabie - qui possède les plus grandes réserves mondiales de pétrole - fournira autant de brut à bas prix que les États-Unis en demanderont, Washington s'engage à assurer la sécurité du royaume et la pérennité de la famille régnante.
C'est cet accord, vieux de cinquante-sept ans, que les États-Unis pourraient demain remettre en cause. Parce qu'ils n'ont plus confiance dans les Saoud et parce que l'Irak leur offre, par la faiblesse de son régime discrédité et corrompu, l'occasion unique de changer de partenaire au mieux de leurs intérêts pétroliers et géopolitiques.
Pétroliers, parce que l'Irak dispose des deuxièmes réserves prouvées du monde après l'Arabie - sans parler de celles, plus considérables encore, pressenties par les experts dans les vastes étendues non explorées. Il sera, pour le siècle à venir, la première source de cet or noir dont l'Amérique a un besoin croissant pour maintenir sa domination sur l'économie mondiale.
Géopolitiques, parce que la maîtrise de l'Irak leur permettrait de changer complètement les rapports de forces régionaux. Washington dispose pour réussir d'alliés non arabes qui sont aussi les premières puissances régionales et qui attendent beaucoup de la redistribution des cartes qui s'annonce : la Turquie espère bien reprendre pied dans ce qui fut une province de son empire, récupérer au moins en partie le pétrole de Mossoul et Kirkouk, et surtout empêcher la création d'un État kurde dans le nord de l'Irak, qui donnerait un fort mauvais exemple à ses propres Kurdes. C'est ce que son gouvernement négocie avec tant d'acharnement ces dernières semaines avant de permettre aux troupes américaines de passer sur son sol pour envahir l'Irak, contre la volonté du peuple. L'Irak serait envahie, côté nord, par 60 000 Américains et au moins autant de Turcs, ce qui terrorise les Kurdes, qui se demandent s'ils n'ont pas fait un marché de dupes en écoutant les promesses de Washington (comme autrefois le chérif Hussein et les autres chefs arabes en écoutant celles de Londres).
Haute pression sur les Palestiniens et les Kurdes
Israël, de son côté, espère bien régler la question palestinienne à l'occasion de cette redistribution : la Syrie sera forcément affaiblie, avec un gouvernorat militaire américain à ses portes, et perdra ses marges de manouvre. Peut-être même le Liban lui échappera-t-il. L'Égypte est dans le collimateur de Washington et son régime devra se taire pour survivre. Quant à la Jordanie, créée par Londres à l'issue de la Première Guerre mondiale, elle pourrait disparaître au profit de cet État palestinien dont parlent à la fois Bush et Sharon. Ce dernier n'a pas dévié d?un iota de son idée fixe depuis cinquante-cinq ans : pour le vieux général, " l'État palestinien existe, c'est la Jordanie ". Une Jordanie où il pousserait à la faveur de la guerre une bonne partie des Palestiniens de Cisjordanie.
Quant à l'Iran, qui figure selon Bush dans " l'axe du mal " avec l'Irak et la Corée du Nord, il se verrait pris en tenaille entre deux pays dominés et occupés militairement par les Américains : l'Irak et l'Afghanistan.
C'est donc un grand chambardement que prépare l'administration Bush sous prétexte de démocratisation. Un chambardement dans lequel les peuples n'auront pas voix au chapitre et dont l'Europe devrait sortir elle aussi affaiblie. À l'exception de la Grande-Bretagne, qui, prête à frapper aux côtés de Washington, espère sans doute retrouver dans cette région dont elle a été évincée par les soulèvements populaires un peu de son lustre d'antan. Avec, bien sûr, beaucoup de pétrole bon marché pour remplacer celui de la mer du Nord qui s'épuise.......
Apocalypse Please, Muse :
Declare this an emergency
Come on and spread a sense of urgency
And pull us through
And pull us through
this is the end end
This is the end
Of the World
And it's time we saw a miracle
Come on it's time for something biblical
To pull us through
And pull us through
And this is the end, the end
This is the end
Of the World
Proclaim eternal victory
Come on and change the course of history
And pull us through
And pull us through
And this is the end the end
This is the end
Of the world
MERCREDI 26 OCTOBRE 2005 : Les autorités américaines ont observé une minute de silence en hommage au seuil symbolique de2000 soldats américains morts en Irak. Faudra-t-il également célébrer les 3000 ? 5000? 10 000?
Et combien d'Irakiens sont, eux, morts, sans avoir décidé de risquer leur vie ? Combien? ....