La tragédie classique
La tragédie classique sur le modèle de Corneille
Les personnages sont la plupart du temps des nobles, héros antiques (légendaires ou réels), rois... qui se lamentent face à leur destin. L'époque de la tragédie est biblique ou antique. Elle se déroule souvent dans un lieu unique et elle dure au maximum une journée. La pièce est écrite en alexandrins et en cinq actes.
L'effet recherché par la tragédie est d'inspirer la terreur et la pitié et provoque ainsi une purification des passions. Son dénouement est souvent malheureux, en général, c'est la mort. Elle aborde des thèmes comme la passion, la vengeance et l'héroïsme. Les deux auteurs principaux sont Corneille, après 1640, et Racine. La mort n'est jamais représentée sur la scène à cause de la règle de bienséance.
On désigne deux réalités différentes: dans la langue courante, les écrivains classiques appartiennent à la génération 1660-1680 (MOLIÈRE, RACINE, BOSSUET). On y inclut CORNEILLE (1640). L'Âge classique est une période vaste: elle va du milieu du 16ème jusqu'après le 17ème siècle. Au 16ème siècle apparaissent les premiers écrits, les premiers arts théoriques.
La plupart des préfaces contiennent des éléments de théorie. Quand CORNEILLE publie en 1660 l'édition de ses oeuvres complètes, il plaça en tête trois discours du poème dramatique, de la tragédie, des trois unités; ce sont des récits très importants et originaux: en effet, CORNEILLE écrivait d'après sa propre expérience.
Le classicisme repose sur l'admiration et l'imitation des Anciens contrairement aux auteurs baroques d'inspiration moderne. Les classiques adaptent l'Antique aux goûts du siècle. La doctrine classique relève du rationalisme: il demande donc l'imitation de la nature. Mais les classiques sont aussi des idéalistes: le vrai doit être corrigé par l'idéal (= vraisemblance). La littérature est soumise à une esthétique qui implique l'existence d'un beau universel (selon les classiques, le beau ne varie pas). La littérature a pour but de plaire et d'instruire.
Pour que l'action soit de caractère élevé, il faut que ce qui arrive au héros soit retentissant quant à la destinée des peuples.
CORNEILLE a écrit: " La dignité de la tragédie demande quelque grand intérêt d'État ". Or le public est romanesque et aime les histoires d'amour: le héros doit donc être amoureux. Amour et politique sont des sujets quasi obligés de la tragédie. La censure était forte mais ça n'empêchait pas la réflexion politique de se dérouler sur la scène. On ne pouvait pas employer, même de manière épisodique dans le langage, un autre registre que le langage élevé; il ne fallait rien de trivial, rien de comique. La règle de l'unité de ton est appliquée. L'action se terminait par la mort violente, sanglante. Par souci de bienséance, on évitait de porter sur scène des spectacles d'horreur: la mort horrible fait donc l'objet d'un récit. Cela incite les dramaturges à faire des tragédies qui se terminent bien.
Le thème de la conspiration a deux fins: le tyran est assassiné et les conjurés découverts et tués. Dans Cinna de CORNEILLE, le dénouement est heureux pour tous. Le dénouement d'une tragédie est une catastrophe. Un dramaturge pouvait-il faire s'achever heureusement les aventures d'un personnage méchant et malheureusement celles d'un personnage bon ? Il y avait un problème par rapport à l'opinion du public. Les théoriciens du 17ème siècle avaient réduit cela de telle sorte que le dénouement ne soit ni très bon ni très mauvais. ARISTOTE avait dit qu'il fallait que le héros tragique eût commis quelques erreurs pour périr à la fin. RACINE dit que le héros est puni car il a commis une faute, c'est-à-dire un péché; il y a une connotation religieuse. CORNEILLE n'a pas suivi cette règle: il était fasciné par les personnes de trempe exceptionnelle.
Le théâtre classique visait à autre chose: l'utilité. L'écrivain avait conscience d'une mission à remplir; il avait la charge d'éclairer l'homme sur sa nature et ses devoirs; le dramaturge se posait en moraliste. Si cet objectif était accessible, c'est qu'on était persuadé de l'existence d'une nature humaine, fondement commun quel que soit l'état, l'âge, l'époque du personnage. Le dramaturge devait travailler à la purgation des passions, c'est-à-dire la catharsis. ARISTOTE a écrit: " En suscitant la pitié et la crainte, la tragédie opère des purgations propres à de pareilles émotions ". CORNEILLE a fourni un éclairage: " La pitié d'un malheur où nous voyons tomber nos semblables nous porte à la crainte d'un pareil pour nous, cette crainte au désir de l'éviter et ce désir à purger, modérer, rectifier et même déraciner en nous la passion qui plonge à nos yeux dans ce malheur les personnes que nous plaignons ".